Publié le 4 octobre 2026
HAUTS-PLATEAUX DE CHARLEVOIX : ET SI LE PLUS FRAGILE ÉTAIT SOUS NOS PIEDS?
Il y a de bonnes raisons de prendre de la hauteur dans Charlevoix.
À l’automne, alors que les couleurs changent, les sentiers qui nous entraînent vers les sommets nous portent à poser le regard au loin. Sur les vallées, les montagnes, l’astroblème de Charlevoix et, parfois, jusqu’au fleuve Saint-Laurent.
À mesure que l’on monte, le paysage change.
Les grands arbres se font plus rares. La végétation devient plus basse. Le vent se fait sentir davantage. Peu à peu, la forêt laisse place à un environnement bien différent de celui que l’on vient de traverser.
Nous voilà dans les hauts plateaux de Charlevoix.
Ces écosystèmes montagnards et subalpins, peu communs dans le sud du Québec, abritent une biodiversité adaptée à des conditions particulièrement difficiles.
Une fois au sommet, difficile de ne pas regarder au loin.
Pourtant, c’est justement le contraire que nous vous proposons de faire.
Car une partie de ce qu’il y a de plus exceptionnel se trouve juste sous nos pieds.
UN MONDE FAÇONNÉ PAR L’ALTITUDE
Mais au fait, qu’est-ce qu’un haut plateau?
Dans Charlevoix, le paysage se transforme à mesure que l’on prend de l’altitude. Près du fleuve se trouvent les basses terres. Plus haut, entre 200 et 550 mètres, les plateaux intermédiaires sont notamment occupés par la forêt boréale. Puis, au-delà de 550 mètres, on atteint les hauts plateaux.
Et là-haut, les conditions changent.
Le froid, le vent, la neige et la faible épaisseur du sol rendent la vie plus difficile. À mesure que l’on monte, les grands arbres se font plus rares, plus petits et parfois même déformés par le vent.
C’est ce qu’on appelle la zone subalpine : une zone de transition entre la forêt boréale et les sommets.
Encore plus haut se trouve la zone alpine, au-dessus de la limite où les grands arbres peuvent véritablement prospérer. La roche y est beaucoup plus présente et la végétation reste près du sol. Mousses, lichens, petits arbustes et plantes adaptées aux conditions rigoureuses y composent un paysage bien différent de la forêt traversée pendant l’ascension.
Et ce type d’écosystème est loin d’être commun au Québec.
On trouve des milieux alpins comparables dans seulement quelques secteurs de la province, notamment dans les montagnes de Charlevoix, les monts Groulx sur la Côte-Nord et le parc national de la Gaspésie.
C’est ce qui fait des hauts plateaux de Charlevoix une composante particulièrement précieuse de notre patrimoine naturel.
Par contre, vivre dans un environnement aussi exigeant demande de s’adapter.
Certaines espèces poussent si lentement que leur croissance se mesure en millimètres par année. C’est notamment le cas de certains lichens, qui peuvent ne croître que de 0,1 à 10 millimètres par année.
La diapensie de Laponie fait elle aussi partie de cette flore étonnante. Petite plante adaptée aux conditions rigoureuses des sommets, elle peut facilement passer inaperçue aux yeux des randonneurs.
Et pourtant, elle fait partie de ce qui rend ces milieux si particuliers.
Les hauts plateaux accueillent également une faune spécialisée. La grive de Bicknell, le faucon pèlerin et plusieurs autres espèces profitent de ces habitats d’altitude.
UNE HABITANTE DES SOMMETS
La grive de Bicknell est étroitement liée aux forêts d’altitude du nord-est de l’Amérique du Nord. Dans Charlevoix, elle trouve dans les secteurs montagneux les conditions particulières dont elle a besoin.
Désignée vulnérable au Québec, elle dépend de ces habitats d’altitude, dont la transformation et la fragmentation peuvent affecter ses populations.
Sa présence nous rappelle que les sommets ne sont pas seulement des destinations à atteindre ou des paysages à admirer.
Pour certaines espèces, ils sont un milieu de vie.
PLUS FRAGILE QU’IL N’Y PARAÎT
Une empreinte de botte semble bien inoffensive. Sur les hauts plateaux, elle peut pourtant laisser sa marque longtemps.
Le sol y est mince et la végétation se régénère très lentement. Lorsque l’on quitte les sentiers ou que certains secteurs sont piétinés à répétition, plantes, mousses et lichens peuvent être endommagés. Et avec la popularité grandissante de ces paysages auprès des amateurs de plein air, la pression sur ces milieux augmente elle aussi.
Le camping sauvage, les feux, les déchets et le dérangement de la faune peuvent également contribuer à les fragiliser.
Même l’hiver n’offre pas nécessairement de répit. Sur les sommets les plus exposés, les vents empêchent parfois la neige de s’accumuler suffisamment pour former une véritable couche protectrice. La végétation demeure alors vulnérable aux activités qui se déroulent en surface.
Ce qui paraît robuste à l’échelle d’une montagne peut donc être extrêmement fragile à l’échelle de quelques centimètres de végétation.
Et plus nous sommes nombreux à découvrir ces paysages, plus une question devient importante : comment continuer d’en profiter sans compromettre ce qui les rend si exceptionnels?
RENCONTRER CEUX QUI AGISSENT
APPRENDRE À LAISSER MOINS DE TRACES
C’est justement à cette question que GUEPE travaille avec les acteurs du territoire depuis plusieurs années.
L’idée n’est pas d’empêcher les gens de fréquenter les hauts plateaux, bien au contraire. Il s’agit plutôt de mieux comprendre ces milieux pour apprendre à les parcourir autrement.
Gestionnaires de sentiers, guides, personnel d’accueil, professionnels du tourisme et utilisateurs du territoire ont tous un rôle à jouer. GUEPE développe donc des formations, des activités d’interprétation, de l’affichage et des contenus éducatifs pour faire connaître les particularités de ces écosystèmes et les pratiques qui permettent de réduire notre empreinte.
Rester dans les sentiers, éviter de piétiner la végétation ou choisir les endroits prévus pour s’arrêter et camper prennent un tout autre sens lorsqu’on comprend ce qui pousse sous nos pieds.
Et cette réflexion se poursuit toute l’année. En hiver, GUEPE travaille notamment avec les acteurs du plein air pour mieux faire connaître les effets que certaines pratiques, comme la motoneige hors-piste, peuvent avoir sur les sommets peu enneigés.
Profiter du territoire et le protéger ne sont pas deux idées opposées.
Mais dans certains secteurs particulièrement sensibles, sensibiliser ne suffit pas toujours.
AGIR DIRECTEMENT SUR LE TERRAIN
Le projet comprend également des interventions pour protéger et restaurer certains secteurs particulièrement sensibles.
La délimitation des sentiers, la fermeture de certaines zones sensibles et l’aménagement d’espaces de camping permettent de concentrer les activités là où elles auront moins d’impact et de laisser d’autres secteurs se régénérer naturellement.
L’expérience acquise dans Charlevoix pourrait également servir ailleurs.
GUEPE souhaite partager les connaissances et les pratiques développées dans la région avec des acteurs de la Côte-Nord et de la Gaspésie, où l’on retrouve des écosystèmes montagnards confrontés à des enjeux similaires.
UN PROJET QUI RASSEMBLE LE MILIEU
La protection des hauts plateaux ne repose pas sur un seul organisme.
Depuis les premières étapes du projet, GUEPE travaille avec des gestionnaires de territoire, des organismes de plein air, des acteurs touristiques et des spécialistes de la conservation afin de mieux coordonner les actions sur le terrain.
Cette approche permet de rejoindre autant ceux qui aménagent et gèrent les sentiers que ceux qui les parcourent.
La Fondation pour la biodiversité et la faune du Québec accompagne GUEPE dans cette démarche depuis les premières phases du projet. Son soutien, accordé dans le cadre du Programme Hydro-Québec pour la mise en valeur des milieux naturels, contribue à la sensibilisation, au transfert de connaissances et aux actions réalisées sur le terrain.
En 2026, le travail réalisé dans les hauts plateaux a d’ailleurs été récompensé par un Prix du patrimoine de Charlevoix dans la catégorie Préservation et mise en valeur du paysage.
Une reconnaissance qui rappelle que mettre un territoire en valeur ne signifie pas seulement donner envie de le découvrir.
C’est aussi apprendre à le fréquenter durablement.
Au sommet, notre premier réflexe sera probablement toujours de regarder au loin.
Mais peut-être qu’après cette lecture, nous penserons aussi à regarder où nous posons les pieds.
Parce que prendre la route du vivant, c’est aussi apprendre à parcourir les territoires que l’on aime en prenant soin de ce qui les rend uniques.
PRENDRE LE TEMPS DE DÉCOUVRIR
Les hauts plateaux de Charlevoix se découvrent grâce à plusieurs randonnées qui permettent de prendre de l’altitude et d’observer la transformation du paysage.
Les monts du Lac-à-L’Empêche, du Lac-des-Cygnes, Élie et Menaud comptent parmi les endroits où l’on peut rencontrer ces écosystèmes particuliers.
En chemin, prenez le temps d’observer ce qui change autour de vous.
La hauteur des arbres. La végétation au sol. Le vent. Les espèces qui apparaissent à mesure que vous gagnez de l’altitude.
Poursuivre la route
Chaque destination nous invite à regarder le territoire autrement.
Une île peut devenir un refuge. Un paysage côtier peut abriter tout un monde. Observer un béluga peut nous apprendre à garder nos distances. Un marais peut devenir une étape essentielle dans un voyage de plusieurs milliers de kilomètres.
Et au sommet d’une montagne, quelques centimètres de végétation peuvent nous rappeler à quel point le vivant peut être à la fois résilient et fragile.
La route se poursuit.
Prendre la route du vivant
-
23 septembre 2026
MONTMAGNY : QUE SE CACHE-T-IL DERRIÈRE LE GRAND SPECTACLE DES OISEAUX MIGRATEURS?
-
22 juillet 2026
Tadoussac et le parc marin : et si la meilleure façon d’observer les bélugas était de ne pas les approcher?
-
22 juillet 2026
Barachois de Malbaie : que voit-on vraiment lorsqu’on le regarde?