Publié le 9 septembre 2026

PROTÉGER AVANT QUE LE TERRITOIRE CHANGE

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À Terrebonne, les couleuvres brune et tachetée vivent dans des habitats appelés à se transformer au cours des prochaines années. Considérant que les pressions de développement s’accentuent, la Ville choisit d’agir en amont : mieux connaître les secteurs essentiels à ces espèces et agir sur les menaces en prévoyant des passages fauniques et en intégrant leurs besoins à la planification du territoire.

Une approche soutenue par la Fondation qui montre toute l’importance d’agir pendant qu’il est encore temps.

Une piste cyclable très fréquentée. Des quartiers résidentiels qui se développent. Et, au cœur de ce territoire en transformation, des couleuvres qui doivent se déplacer, s’abriter et compléter leur cycle de vie.

À Terrebonne, la croissance de la ville et de la fréquentation des milieux naturels exerce déjà des pressions sur deux espèces en situation précaire. Avec les transformations prévues au cours des prochaines années, ces pressions pourraient s’accentuer.

La Ville a donc choisi de ne pas attendre.

Avec l’appui de la Fondation, elle entreprend une démarche qui vise à anticiper ces changements et à intégrer les besoins des couleuvres aux décisions qui façonneront le territoire de demain.

C’est précisément ce qui rend ce projet remarquable : protéger avant de devoir réparer.

Deux espèces discrètes dans une ville qui évolue

À Terrebonne, la couleuvre brune et la couleuvre tachetée passent facilement inaperçues. Pourtant, leur présence est bien documentée sur le territoire. Elles sont désignées menacée et vulnérable en vertu de la Loi québécoise sur les espèces menacées ou vulnérables, ce qui rend d’autant plus importante la possibilité d’agir pendant qu’elles sont encore présentes dans certains secteurs.

Une citadine malgré elle

Couleuvre brune
Menacée au Québec

Au Québec, la couleuvre brune se trouve uniquement dans la région métropolitaine de Montréal. Fait assez étonnant, elle fréquente principalement les milieux urbains et périurbains, notamment les friches, les clairières et les terrains où elle trouve suffisamment d’abris.

Son territoire très restreint est aussi ce qui la rend particulièrement vulnérable. L’urbanisation entraîne la perte et la fragmentation de ses habitats, tandis que les collisions avec les véhicules constituent une autre menace importante.

© Pierre Hamel

Une chasseuse plutôt étonnante

Couleuvre tachetée
Vulnérable au Québec

La couleuvre tachetée possède une particularité unique : c’est le seul serpent du Québec qui se nourrit de petits mammifères et le seul qui tue ses plus grosses proies par constriction. Malgré les apparences, elle est tout à fait inoffensive pour l’humain.

Au Québec, sa répartition est discontinue et l’espèce demeure vraisemblablement rare, certaines régions ne comptant aucune mention récente. La perte et la fragmentation de ses habitats causées par le développement urbain et l’intensification de l’agriculture, les collisions routières et même la persécution humaine comptent parmi les principales menaces qui pèsent sur elle.

© Stéphane Vézina

La Ville protège déjà un vaste corridor de biodiversité de plus de 600 hectares, composé notamment de milieux humides et forestiers, de cours d’eau et de friches. Des inventaires réalisés au cours des dernières années y ont confirmé la présence des deux espèces.

Or, les couleuvres ne s’arrêtent évidemment pas aux limites des milieux protégés.

Elles utilisent aussi des secteurs appelés à se transformer au cours des prochaines années, notamment des friches où leur présence a été documentée.

À cette transformation s’ajoute une autre réalité : la fréquentation de la TransTerrebonne. En 2023, en seulement six mois, plus de 100 000 passages à vélo et 130 000 passages à pied ont été enregistrés à cinq points de mesure le long de cette piste multifonctionnelle. Entre 2023 et 2025, les équipes de la Ville ont recensé plus de 60 mortalités de couleuvres, dont près de 40 % concernaient la couleuvre brune.

© Ville de Terrebonne

La Ville se trouve donc devant une occasion importante : tenir compte, dès maintenant, des besoins de ces espèces dans la façon dont le territoire évoluera.

Pour y arriver, encore faut-il savoir précisément où et comment intervenir.

Connaître avant de décider

Avant de décider où et comment protéger, aménager ou intervenir, il faut d’abord comprendre comment les couleuvres utilisent le territoire au fil de leur cycle de vie.

Depuis plusieurs années, les équipes de la Ville et leurs partenaires réalisent des inventaires pour documenter la présence de la couleuvre brune et de la couleuvre tachetée, et de leurs habitats clés.

Le projet en cours permettra d’aller plus loin en réunissant et en analysant les données disponibles afin de préciser les secteurs importants pour ces espèces et, au besoin, de réaliser des inventaires complémentaires. Les connaissances acquises permettront d’intégrer des aménagements (couloir de déplacement, hibernacles, etc.), ainsi que des mesures de mitigation à respecter avant et pendant les travaux (zones d’exclusion, relocalisation d’individus, etc.) dans les zones vouées au développement.

Un refuge pour passer l’hiver

Situé sous la ligne de gel, l’hibernacle offre aux couleuvres un refuge souterrain où la température demeure au-dessus du point de congélation, leur permettant de passer l’hiver à l’abri du froid.

Les données recueillies serviront également à déterminer les endroits où les mortalités se concentrent le long de la TransTerrebonne et, ainsi, ceux où l’aménagement de passages sous la piste pourrait être le plus efficace.

Autrement dit, mieux connaître le territoire aujourd’hui permet de prendre de meilleures décisions pour demain.

Faire une place aux couleuvres dans la ville de demain

Toute cette connaissance doit maintenant se traduire dans la façon dont Terrebonne planifie son territoire.

La Ville élaborera un Plan directeur qui établira des lignes directrices pour les projets réalisés dans les secteurs fréquentés par les couleuvres. L’objectif : tenir compte de leurs besoins dès la conception des futurs quartiers, puis encadrer les promoteurs avant et pendant les travaux.

Et ces orientations ne sont pas destinées à rester dans un rapport : la Ville prévoit les intégrer à ses outils de planification et d’urbanisme afin qu’elles puissent réellement influencer les décisions qui façonneront le territoire au cours des prochaines années.

Plutôt que d’opposer développement du territoire et la conservation, le projet cherche à les faire cohabiter.

Agir pendant qu’il est encore temps

C’est précisément ce type d’intervention, qui agit en amont, que la Fondation cherche à rendre possible.

Dans le cadre de son programme Espèces en danger, la Fondation soutient ce projet à hauteur de 250 000 $. Une contribution qui permettra d’accompagner une démarche de plusieurs années, de l’acquisition de connaissances et de la planification jusqu’au transfert d’expertise et à la réalisation d’aménagements sur le terrain.

Au-delà des actions réalisées, c’est surtout le moment où elles le sont qui donne toute sa portée au projet.

Et pour y arriver, la Ville est bien accompagnée. Des spécialistes de la conservation et différents partenaires mettent en commun leur expertise, leur connaissance du territoire et leur capacité d’action. La Fondation contribue à cet effort collectif en donnant aux acteurs du milieu les moyens de passer à l’action.

C’est toute la force d’Ensemble pour le vivant : réunir les ressources et les expertises nécessaires pour agir au moment où il est encore possible de faire une différence.

Parce que c’est lorsque des espèces en situation précaire sont toujours présentes sur le territoire que c’est le meilleur moment pour agir, ensemble pour le vivant.

– Isabelle Thibault, conseillère en conservation.

Ensemble pour la faune en danger

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