Publié le 1 mai 2002
Guide d’aménagement de l’habitat de l’orignal
L’orignal constitue sans doute l’une des espèces fauniques les plus convoitées et les plus médiatisées au Québec. Cet intérêt tient à divers facteurs. Ce qui nous vient à l’esprit en premier lieu c’est la majesté et la puissance qu’inspirent la grande taille de l’espèce et les bois imposants que portent les mâles. Ces deux éléments suffisent à en faire l’un des plus dignes représentants du monde animal de la forêt québécoise. En second lieu, l’engouement des chasseurs et des observateurs de la faune pour cet animal ne s’est jamais démenti. Sur le plan économique, ceci s’est traduit par des retombées importantes, d’autant plus bénéfiques qu’elles sont générées dans les régions dites ressources.
Les gestionnaires des ressources naturelles ont répondu aux attentes de leurs concitoyens en mettant en place des modalités de gestion de plus en plus sophistiquées. Toutefois, de nouvelles préoccupations, qui commandent des solutions novatrices, sont apparues au fil des ans. Ainsi, les Québécois sont de plus en plus nombreux à réclamer des moyens de combler simultanément les besoins de la faune et des humains par la gestion intégrée des ressources. L’orignal est certainement une espèce prioritaire pour expérimenter cette approche.
Les multiples études réalisées sur l’orignal depuis près d’un demi-siècle ont permis de mieux connaître ses habitudes de vie et ses exigences en matière d’habitat. On sait maintenant que l’habitat est généralement largement suffisant pour soutenir des populations d’orignaux beaucoup plus élevées qu’actuellement. Ces études avançaient également que les interventions forestières, notamment les coupes totales, ont, à moyen terme, un effet bénéfique en rajeunissant les forêts et en stimulant la production d’une strate arbustive dense, apte à fournir la nourriture recherchée par l’orignal. Par contre, plusieurs nuances ont été apportées à ce sujet au cours des dernières années afin de préciser les échelles temporelles et spatiales dont il faut tenir compte pour répondre à la fois aux besoins de l’espèce, à ceux des utilisateurs fauniques et à ceux des industriels forestiers. Il faut aussi traduire ces notions en langage forestier pour que les gestionnaires qui modulent le paysage forestier puissent évaluer correctement les situations auxquelles ils sont confrontés et appliquer des mesures à la fois efficaces et réalistes.
Ce guide est donc un outil pédagogique qui explique comment aménager le milieu forestier pour améliorer l’habitat de l’orignal tout en répondant aux attentes des différents utilisateurs. Il n’existe pas de recette unique en aménagement intégré des ressources du milieu forestier mais le guide présente des balises qui permettront d’adapter les pratiques forestières aux diverses conditions que l’on rencontre dans les forêts québécoises. Il présente des approches qui tiennent compte du caractère dynamique des forêts, puisqu’il faut examiner la forêt, et conséquemment l’habitat, en le projetant dans le futur.
Le présent guide s’adresse à tous ceux et celles qui désirent concilier divers usages sur un territoire commun. Les gestionnaires des ressources y trouveront des suggestions qui peuvent déborder la stricte conciliation habitat faunique-matière ligneuse, comme la modulation des paysages forestiers. Nous souhaitons que ce guide soit largement utilisé et qu’il contribue au développement d’une cohabitation harmonieuse entre les intervenants forestiers et fauniques.